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Solidarité Rroms Saint-Etienne

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15 juin 2008

Ils ont cru aux promesses d’aides de l’ANAEM.

                                                               Gaby - 11 ans

Ion a 51 ans. Avec sa femme, Maria et sa petite fille de 11 ans, Gaby, ils sont partis  en car avec le premier convoi organisé de Saint Etienne par l’ANAEM, le 11 septembre 2007, dans le cadre de la procédure « d’aide au retour volontaire ou humanitaire ».

L’ANAEM accorde une somme d’argent pour les personnes qui retournent en Roumanie, paye leur voyage et les assure d’une aide substantielle pour leur installation sur place.

Voilà ce qu’on peut lire sur le site de l’ANAEM :

« Programme d’aide à la réinstallation en Roumanie

Ce programme a pour objectif d'aider les Roumains en situation de grande précarité, regagnant leur pays après un séjour en France. Il prévoit, dans le cadre d'un partenariat avec des opérateurs locaux en Roumanie, un accompagnement personnalisé et des aides matérielles et financières à la création d'activités économiques en Roumanie.

(…)

Quelles sont les aides proposées en Roumanie ?

- une formation professionnelle en lien avec le projet économique,

- une étude de faisabilité du projet économique,

- une aide financière au démarrage du projet à hauteur de 3660€ par projet,

- une aide à la réalisation et au suivi du projet pendant un an,

- un accompagnement social, si besoin.

(…)

Qui sont les opérateurs locaux ?

- Association EQUILIBRE ROMANIA

- FONDATION CRIMM

- FONDATION KELSEN

- ASSOCIATION HATNUTZA »

(site ANAEM : http://www.anaem.fr/article.php3?id_article=527 )

 

A l’époque Ion a touché 353€ : 153€ par adulte et 47€ pour sa fille (pour donner un ordre de comparaison le salaire minimum officiel en Roumanie est d’environ 130€ et le salaire moyen de 190€).

Ion habite avec sa famille à Oravita, une petite ville d’une région minière au Sud est de la Roumanie, dans le quartier appelé « la zone de la gare » et surnommé « les immeubles fantômes » en raison de leur délabrement (portes des appartements défoncés, fenêtres cassées, pas d’eau courante, pas de gaz). C’est là que sont confinés les rroms. Il y loue un appartement composé d’une pièce et d’une cuisine.

Arrivé en Roumanie dans la ville d’Oradia, à la frontière de la Hongrie,  l’ANAEM lui a versé les 353€  avec le numéro de téléphone d’une association chargée de les aider dans un projet d’installation.

Immédiatement arrivé chez lui, Ion a téléphoné. Quelque temps après, une personne, prénommée Titel, lui a donné rendez vous devant l’hôtel Caras d’Oravita. Ils ont monté un dossier avec les photocopies des pièces d’identité de la famille de Ion. Ion et Maria ont signé. Le projet (décidé d’autorité part Titel) consistait à acheter des brebis pour une valeur de 7000€. C’est Titel qui achetait les brebis, Ion ne devait rien toucher en argent. Bien sûr comme Ion et sa famille ne pouvait pas s’occuper de ces brebis en ville dans leur quartier, Titel leur a demandé de trouver d’autres personnes à la campagne pour monter ensemble une association. Titel leur a donné un délais d’un mois, le temps de faire valider le dossier à Bucarest par une personne de France. Il devait ensuite les rappeler.

Au bout d’un mois, sans nouvelles, Ion a rappelé. Titel a dit qu’il fallait encore attendre. Un mois après, toujours sans nouvelles, Ion a rappelé une nouvelle fois. C’était pendant les fêtes de Pâques, il fallait encore attendre, mais Titel leur a bien recommandé de ne pas repartir en France, sinon ils perdaient les brebis. Ion a ensuite rappelé plusieurs fois. Titel disait toujours qu’il viendrait à Oravista la semaine suivante.

Ion a dû appeler une vingtaine de fois. Titel, représentant de l’association roumaine chargée normalement d’aider à la mise en route du projet d’installation, n’a jamais rappelé Ion après leur première et unique rencontre.

Lors du dernier appel, le fameux Titel s’est mis en colère, a demandé qu’ Ion arrête de lui téléphoner, « Je sais ce que j’ai à faire » a-t-il dit.

Aucune aide n’a été apportée à Ion et à sa famille. Ion avait demandé à un moment une aide de 300€, refus. Il fallait attendre les brebis.

Ion a finalement abandonné et est revenu en France, à St Etienne, le 9 juin 2008, dix mois après son départ avec l’ANAEM.

 

Ion ne se rappelle plus du nom de l’association roumaine qui devait l’aider. Mais il a son numéro de téléphone (0402622223494) et la ville du siège social, Baia Mare. D’après le site de l’ANAEM c’est le siège de la Fondation Kelsen.

 

Voilà un exemple précis de la façon dont les choses se déroulent concrètement. Aucune des personnes reparties de St Etienne avec l’ANAEM, dans le cadre du programme d’aide au retour volontaire, n’a bénéficié d’une aide à l’installation.

 

Juste une précision : Gaby, la fille de Ion et Maria, était scolarisée régulièrement avant le départ de la famille, avec de bons résultats. Elle ne l’a plus été en Roumanie. Question d’argent : les enseignants demandent sans cesse de payer pour du mobilier, l’entretien… font pression sur les enfants des familles qui ne versent pas. Les parents de Gaby sont trop pauvres pour verser quoi que ce soit. De retour à St Etienne, elle est immédiatement retournée à l’école…dix mois après !

  Georges Günther



  1 commentaire :

Edifiant mais d'une telle évidence...
Il faudrait consigner à chaque retour après une expérience aussi stérile et coûteuse que démoralisante et déstructurante ces histoires (des tranches de vie ne l'oublions pas) pour les transmettre les unes après les autres, de tout le pays et toutes populations déplacées concernées, aux responsables ANAEM.
Rêvons... d'une prise de conscience...
Au moins ne pourraient-ils pas dire ne pas savoir et se cacher derrière l'exception malheureuse ou le manque d'implication isolés.

PS merci pour les les infos et anecdotes qui si elles n'appellent pas toujours commentaires ou actions sont consultées (la preuve !)

           Valérie

3 juin 2008

les départs ANAEM - une drôle d' histoire.


                                          Contrôles passeports et listes avant le départ !


Nouveaux départs organisés par l' ANAEM ( Agence Nationale d' Accueil des Etrangers et des Migrations ! )
Deux cars ce matin à St-Etienne .
Direction St-Exupéry, l' aéroport de Lyon,
Puis Bucarest.
Tout le monde est content de prendre l' avion et de revenir ensuite en France
avec les 300 euros versés à chaque personne, par l' Etat français .

Il y a même des familles roumaines qui sont venues spécialement de Clermont,
et puis d' Espagne,
pour prendre le fameux car, puis l' avion,  et recevoir les 300 euros.
Il y a quand même quelque chose qui me chagrine beaucoup, dans cette histoire.
A chaque réunion avec les élus, ou les préfets , nous entendons parler des fameux "passeurs".
Mais le plus grand passeur , c' est l' Etat français !

Avec les 300 euros versés, la personne revient . En France .
Il lui reste même un petit bénéfice.
Pourquoi se priver de l' aide au retour ?
Lorsqu' avec l' argent on peut revenir.
( Pour rentrer , Eurolines doit coûter dans les 150 euros, en ce moment )
On se demande quand même comment un tel système a pu être mis en place !
C'est un gâchis total de moyens humains et financiers !

Mais tout le monde s' adapte . Sans réfléchir plus en avant !
Faisons du chiffre sur le nombre des retours , c' est cela qui est important !
Se soucier d'une acceptable solution de vie  pour les familles rroms en Europe parait du domaine du rêve.

marie-pierre vincent.
©photos mpv


             ZUT ! notre ami Ioio prend le car n°2 et il a mis son bagage dans le car n°1 !


MAIS COMMENT FONT-ILS ?
Un témoignage d' Anne-Sara Le Cardiet

Saint Etienne, Mardi 3 juin 2008, 5h15.
Marie Pierre et moi arrivons au squat de Montplaisir, curieuses de savoir qui part avec l’ANAEM (pourquoi ils partent ? on s’en doute un peu).
Doucement, un groupe de personnes se forme à l’entrée du squat. Certains, habillés spécialement pour l’occasion, traînent d’énormes sacs sur le trottoir, tandis que d’autres, venus en France pour quelques jours seulement, n’ont aucun bagage. Tous se préparent tranquillement, l’ambiance est plutôt détendue.

Aujourd’hui, environs 40 personnes partent avec l’ANAEM. Le bus devrait être arrivé depuis 5h… mais ce n’est que vers 6h que Madame ANAEM (« je fais mon travail, je suis payée mais surtout je ne réfléchis pas à ce que je fais ») arrive pour organiser tout cela. (Peut-être recevra t-elle une prime de rentabilité ? après tout, ce serait normal, c’est bien grâce à elle, entre autres, que certains pourront se vanter d’être parvenu à ses quotas…Et puis, ce n’est quand même pas simple, quand on ne parle ni le roumain ni le tsigane, de convaincre autant de personnes (certaines ne comprenant pas un mot de français) de partir avec l’ANAEM,).

Pour ce départ, certains sont venus de Clermont, d’Espagne, et même de Roumanie… pour repartir en Roumanie…et toucher 300 euros. Bon, un peu moins, car il était convenu qu’un transport soit organisé jusqu’à Timisoara (grande ville de la région dont majorité des partants sont originaires). Finallement, tous apprennent ce matin là que leur transport s’arrêtera à Bucarest…Chacun devra donc utiliser une partie de la somme qui lui sera remise pour payer le bus jusqu’à son village, mais bon, comme dit Madame ANAEM « après tout, on leur donne de l’argent ! ».

Le plus étonnant ce matin, ce n’est pas que madame ANAEM n’ait pas changé, mais bien cette scène assez terrible qui se déroule devant nos yeux : la majorité des personnes qui partent ont le sourire. La plupart d’entre elles, je ne les connais pas. Nombreux sont venus spécialement pour repartir, et bien sûr se ravient de pouvoir rentrer en Roumanie aux frais de la France, et en plus de recevoir à leur arrivée plus, que ce qu’ils n’auraient gagné en travaillant 1 mois en Roumanie.

Lors du premier départ organisé par l’ANAEM en septembre, tous partaient découragés, certains même en pleurs, contraints d’accepter cette proposition malhonnête que leur faisait la France, après les avoir inondés d’OQTF et de pressions policières.

Hier, ce que j’ai vu, finalement, ce sont des gens incroyables, qui n’ont tellement rien d’autre à quoi se raccrocher que leur famille, qu’ils acceptent tout ce qu’on leur propose, et s’adaptent avec le sourire à cette solution qui n’en est pas une. Comment font-ils ?
Si ça, ce n’est pas une richesse !

Il était plus de 7h lorsqu’ils sont montés dans le bus, pour un nouveau départ ??? Direction Lyon St- Exupéry, puis vol vers Bucarest.
Au sujet de l’ANAEM, je ne sais pas comment est financée l’ANAEM, mais …
Il est quand même assez contradictoire de voir tout cet argent mal utilisé, et en même temps, des étrangers qui sont en difficultés pour travailler en France avec un contrat en règle, souvent parce que les employeurs refusent de régler la taxe due à l’ANAEM (qui vaut presque les ¾ du salaire net perçu par le salarié).

Un exemple de l’absurdité de ce système : dans le bus de l’ANAEM, un jeune déjà expulsé plusieurs fois via des passages en centre de rétention, qui, en France, travaille assez régulièrement au noir ou vend le journal « sans abris ». Tout l’argent dépensé par la France pour être sûre qu’il dégage (frais en centre de rétention administrative, frais de transport et de personnel multipliés par autant de voyage qu’il a fait…) n’aurait-il pas pu être utilisé pour un accompagnement pour une recherche d’emploi, par exemple ?
Il faut savoir que cette situation n’est pas un cas isolé.


 

COMMENTAIRE 1

Bien qu'étant peu impliqué dans l'action avec les Rroms, je me permets de donner un petit avis sur la question "comment font-ils?" Comme beaucoup, ils se débrouillent avec leurs formes de solidarité familiales et communautaires qui ne doivent évidemment pas grand chose à l'état providence.

J'ai entendu l'autre jour un médecin faire remarquer que ce qui le frappait chez les Rroms ,c'est que dans les moments les plus importants d'une existence, la naissance et le décès, personne n'est jamais seul. La famille élargie est toujours là. Il disait presque qu'on ferait bien de regarder ça de plus près, vu ce qu'il constatait dans l'évolution de notre société quand on les aide.

Quand à la dame qui ne se pose pas de question sur son travail, il est évident qu'elle à tort ... bien qu'elle ne soit pas la seule dans ce cas.
Raymond Vasselon
5 juin 2008


COMMENTAIRE 2

Ce que j'ai lu me révolte et me rassure en même temps. Je m'explique en quelques mots.
Le gouvernement français, incapable d'appliquer une politique saine et constructive à destination de citoyens européens, s'entête à dépenser de manière absurde de l'argent. Cet argent pourrait pourtant servir à monter des projets de vie pour ces personnes. D'un autre côté, voilà qu'elle permet à des familles de retourner au pays et visiter les proches. Qui n'en profiterait pas?
Agnès  Duvernois
5 juin 2008