Voici un compte rendu d’une rencontre qui a rassemblé des enseignants,
des professionnels de différents services sociaux et médicaux et des
bénévoles du réseau de solidarité avec les rroms de St Etienne. Cette
rencontre a été organisée par ce réseau de solidarité, autour de
l’accueil des enfant rroms (scolarisation, suivi médical, aide aux
familles....).
Les réalisations construites pour les enfants et leurs familles,
les réponses apportées grâce à l’inventivité et à la ténacité de
bénévoles avec la collaboration des familles et leur courage à chercher
des solutions dans des situations extrêmement difficiles, les
réflexions et les projets en cours, la tenue même d’une telle rencontre
(45 personnes présentes) montrent qu’il est parfaitement possible
d’accueillir dignement ces familles.
Il y a là une interpellation notamment des collectivités locales
(mairie de St Etienne, St Etienne Métropole, le Conseil Général de la
Loire) à ce qu’elles engagent réellement une réflexion pour mettre en
route des solutions appuyant tout ce travail associatif qui s’effectue,
pour l’instant, non seulement sans beaucoup de soutien institutionnel
mais surtout malgré l’hostilité des orientations gouvernementales et
préfectorales et dans l’indifférence voir la méfiance des collectivités
locales.
Georges Günther
ateliers enfants © aslc
RENCONTRE AVEC DES ENSEIGNANTS, DES TRAVAILLEURS
SOCIAUX DU CONSEIL GENERAL, LA PASS, LES CENTRES SOCIAUX, DES
ASSISTANTES SOCIALES DE LA MAIRIE...
Le 27 mars 2008 à l’initiative du réseau de solidarité avec les familles rroms de St Etienne
Etaient également présents le représentant des
défenseurs des enfants de la Loire, les éducateurs de l’AGASEF. Les
enseignants du collège Jean Dasté se sont excusés.
Nous notons le nombre important de participants (45 personnes
environ) qui signifie combien cette question de l’accueil des enfants
et des familles rroms nous interroge dans sa complexité et nécessite un
travail de réseau.
Notre objectif étant d’apporter des informations sur la
réalité de ce que vivent ces familles et de connaître comment les
choses se passent dans les différents secteurs où elles sont
accueillies. L’idée est de pouvoir ensuite construire ensemble des
conditions qui permettent une véritable prise en compte des besoins de
ces familles.
Nous avons introduit ce temps d’échange par un diaporama réalisé par Marie Pierre VINCENT : "Une histoire des familles roms de Saint-Etienne d’août 2004 à décembre 2006".
Il caractérise la façon dont sont traitées ces familles depuis leur
arrivée à St ETIENNE il y a plusieurs années. Elles n’ont connues que
l’errance, l’insécurité et la précarité de la vie en squat avec des
expulsions permanentes, le dénuement matériel total puisqu’il n’y a
jamais eu pour elles aucune prise en compte de leurs besoins
fondamentaux par une ouverture sur le droit commun.
La Mairie et la Préfecture ont eu une attitude
particulièrement mal traitante envers les rroms, le projet étant de les
décourager à rester sur notre commune. Ils n’ont pas hésité à couper le
chauffage en pleine période hivernale, à les rassembler tous au même
endroit, créant ainsi un ghetto, une surpopulation qui mettaient les
rroms et les habitants du quartier en risque de construire des
relations trop conflictuelles. La préfecture a envoyé massivement les
forces de polices porteuses d’obligation à quitter le territoire
français (OQTF) ou des agents de l’ANAEM pour des retours
« humanitaires » en leur promettant des aides pour construire un projet
de vie en ROUMANIE, aides qui n’ont jamais vu le jour.
Ce verrouillage institutionnel se poursuit jusqu’à
aujourd’hui, malgré l’entrée en Janvier 2007 de la ROUMANIE dans
l’Union Européenne. Devenus citoyens européens, les rroms ont cependant
eu accès aux prestations familiales. La CAF de St ETIENNE s’efforçait
alors de remplir sa mission de protection des familles. Cette
reconnaissance de leur droit a permis à quelques familles de pouvoir
intégrer des logements et de s’inscrire ainsi dans des projets pour
assurer l’avenir de leurs enfants.
Depuis quelques semaines, les rroms n’ont plus accès à
ces prestations. Elles sont soumises à un droit au séjour : il faut que
chaque personne ait des revenus suffisants pour vivre et une couverture
d’assurance maladie dans leur pays d’origine. Ce qui s’amorçait comme
une possible construction de projets de vie par l’accès au logement est
ainsi totalement remis en cause aujourd’hui, avec des conséquences en
chaîne : pas d’accès au travail notamment...
Ce que le Réseau demande, c’est d’accueillir les
familles dans un hébergement digne et durable, où la vie quotidienne
peut s’organiser, c’est à dire des logements disposant de sanitaires,
d’eau courante, de chauffage, en proposant à chacun un accompagnement
social pour cerner le projet de vie et rechercher des solutions
d’avenir.
Dans ce but, depuis plusieurs mois, le réseau a tenté de maintenir
les discussions amorcées à son initiative avec la Mairie qui s’est
toujours désengagée.
En Février 2008, la présidente de la CAF, soutenue par le conseil
d’administration, au nom de la protection des familles, a demandé par
courrier au Préfet l’organisation de rencontres avec la Mairie, le
Conseil Général, et le réseau de solidarité pour la mise en route de
solutions décentes. Et dès l’élection de la nouvelle municipalité de St
ETIENNE, le réseau de solidarité a envoyé un courrier au maire pour
demander l’ouverture de discussions très rapidement en vu dégager des
solutions d’accueil dignes et durables, la mise ne place d’hébergements
relais avec un accompagnement social.
Après ce bref rappel de la situation, nous proposons un
tour de table pour connaître les questions qui se posent concernant la
scolarisation et la santé des enfants.
Certaines écoles apprécient la régularité de la
fréquentation (Beaulieu, Jules Ferry, Ovides) constatent les progrès de
certains enfants. Pour d’autres, on note des absences dues aux maladies
fréquentes, nous rappelons que depuis janvier, il n’y a pas de
chauffage au squat de Montplaisir. Des absences également qui
s’expliquent par la crainte des parents de laisser leurs enfants.
Certains enfants ne sont plus revenus, ils sont repartis en ROUMANIE
avec leurs parents, suite aux menaces d’OQTF.
Une directrice note que malgré la présence régulière des enfants,
certains n’ont pas progressé dans l’apprentissage de la langue. Est ce
la peur de l’intégration ? Pourquoi investir une langue d’un pays qui
ne vous accueille pas ? Un enseignant s’inquiète des grandes
difficultés d’apprentissage d’un enfant qui est de plus mis à l’écart
du groupe. Adeline connaît cette situation, elle constate cette même
difficulté dans le squat.
En règle générale, les enfants et les parents se sont
montrés très respectueux du cadre posé par l’école. Malgré tout, il est
nécessaire d’échanger, d’avoir un suivi, c’est primordial pour
l’organisation.
Il existe régulièrement des problèmes de traduction, de
compréhension. Vu l’instabilité de leur vie, il est difficile pour eux
comme pour les enseignants, de se projeter dans l’avenir ce qui reste
inquiétant pour la bonne poursuite de leur scolarité. Il y a donc
beaucoup de freins pour la scolarité malgré le fait que les enfants ont
envie d’apprendre et que, de manière générale ils s’efforcent de bien
s’intégrer à l’école, même si pour certains c’est difficile.
La question de l’absence des adolescents au collège est
inquiétante. Les enseignants sont en lien avec des membres du réseau,
ils s’interrogent pour savoir comment mieux accompagner ces jeunes.
Pour les plus de 16 ans, rien n’est proposé, comment les éducateurs de
l’AGASEF interviennent-ils sur cette question ?
Pour certains enfants, les vaccins sont à jour, pour
d’autres, non. Le Dr RIVOLIER de la PASS note que les prescriptions de
vaccination en PMI ou au Bureau d’Hygiène n’ont pas abouti. Il a
effectué, pour chaque enfant un test tuberculinique, comme il n’y avait
aucune suspicion de tuberculose, ils n’ont pas été vaccinés (le BCG
n’est plus obligatoire).
De nombreux enfants ont été vaccinés en ROUMANIE, les
parents ne sont donc pas inquiets. En principe, quand les enfants
arrivent à l’école, en venant d’un autre pays, ils bénéficient, sous
quinze jours, d’un bilan médical par la médecine scolaire. Ca n’a pas
été le cas pour les enfants rroms.
V. BOURGIN, assistant social à la PASS, explique que ce
service dépend du CHU, qu’il a été mis en place suite à la loi contre
l’exclusion. Il assure des permanences et propose un dispositif
facilitant l’accès aux soins pour des personnes ne bénéficiant pas de
l’assurance maladie. La PASS a une mission d’intégration dans le droit
commun, elle ne peut pas se substituer à tous les besoins de santé.
Pour ce qui concerne le suivi des familles rroms, ce principe de
fonctionnement rend les choses un peu compliquées. Ce service est bien
repéré par les familles qui ont du mal à se mobiliser pour d’autres
structures.
Une directrice s’inquiète de l’absence d’assurance
scolaire. Si les enfants se blessent à l’école, ils n’auront aucune
prise en charge. La MAE avait accordé la gratuité l’an passé. Cette
année, l’assurance pour chaque enfant reviendrait à 9 euros. Il y a 40
enfants scolarisés, le réseau ne peut assumer un tel coût.
Suite à cette interpellation, un membre du réseau va établir la
liste des enfants qui n’ont pas d’assurance à la MAE et faire le
nécessaire
En ce qui concerne la PMI un médecin remarque qu’il n’y a pas de suivi sur le long court avec les enfants vus en consultation.
Différentes pistes sont évoquées :
- Que tous puissent identifier les différents
correspondants pour chaque école, mis en place par le réseau. Il existe
déjà un référent par école pour favoriser le lien parents/école, les
inscriptions, les démarches administratives, la préparation du passage
en 6ème. Leurs coordonnées peuvent être communiquées à chaque groupe
scolaire.
- Comment faire avancer le problème de cette minorité au niveau
européen ? Les rroms sont la plus importante minorité dans Union
Européenne. Il y a pour l’instant des recommandations faites à chaque
état contre les discriminations et pour l’accès aux droits
fondamentaux. Mais cela ne débouche pas aujourd’hui sur des actions
concrètes
- Peut on, en tant que professionnels interpellés dans nos
missions par cette réalité, demander une rencontre à la Municipalité ?
Les avis sont partagés. Un enseignant fait remarquer qu’ils ont une
obligation de suivi des élèves dans leur apprentissage. Cela s’appuie
sur un programme européen, des fonds ont d’ailleurs été débloqués.
D’autres remarquent qu’une telle démarche de professionnels aurait du
poids si elle était cautionnée par les hiérarchies. Quelqu’un fait
remarquer que la direction de la DDAS a été interpellée par écrit par
le réseau de solidarité sans aucune réponse (idem pour les syndicats de
la Mairie). Ne faut il pas que les professionnels interpellent leurs
institutions au nom de leur mission de service public ?
- Il est proposé des rencontres ciblées sur des thèmes, l’école,
la santé, pour chaque famille..., ou par secteur géographique, pour
aborder les problèmes de façon plus précise.
Face à ces différents constats, comment peut on
construire ensembles pour amorcer des solutions pour faire avancer la
question du logement, de la scolarité, de la santé ? La grande question
étant la stabilité de vie. Il est nécessaire d’agir solidairement pour
faire avancer la situation. Il nous faut sortir du strict périmètre
professionnel, pour faire pression. Les lois se durcissent.
On peut s’appuyer pour agir sur ce qui existe aujourd’hui, obtenir des informations par :
- le site du Portail pour l’accès aux droits sociaux
- le site des réseaux citoyens de St Etienne-http://www.réseauxcitoyens-st-etienne.org
- le blog "Solidarité Rroms"
Le réseau de solidarité a également mis en place une liste de diffusion
interactive à laquelle on peut s’abonner en envoyant un mail de demande
à : contact@droits-sociaux.fr
Merci à tous ceux qui ont su se rendre disponibles pour partager les expériences, réflexions, interrogations.
Le réseau de Solidarité avec les familles rroms
(compte rendu écrit par Josiane Reymond)