On avait proposé une fête un peu différente…

Depuis toutes ces années que les familles roms viennent tenter leur chance sur notre commune, nous parlons d’elles en terme de besoin, de manque, elles font la manche, elles vivent dans des squats…  des choses pas très valorisantes. Mais quand on connait un peu ces personnes, on découvre leurs savoirs- faire, leurs compétences, leurs talents. Cette fête, c’était l’occasion de mettre tout ceci en évidence. Nous avons pu goûter leurs spécialités culinaires, leur musique, leurs chants, leurs danses.
On souhaitait aussi dire comment c’était pour eux la vie sur notre commune….  L’errance, les expulsions, le dénuement puisqu’il n’y a pas eu pour elles de prise en compte de leurs besoins fondamentaux par une ouverture sur le droit commun….  Sauf sur une période, avec l’entrée de la Roumanie dans l’Europe en Janvier 2007 et l’engagement de  la CAF d’exercer sa mission de protection des familles. Elles ont pu alors bénéficier des prestations familiales et certaines ont eu accès à un logement.

Mais depuis Mars 2008, ces prestations sont conditionnées à un droit au séjour : chaque personne doit avoir des revenus suffisants pour vivre  et une couverture d’assurance maladie de leur pays d’origine. Ce qui s’amorçait comme une possible construction de projet de vie par l’accès au logement, l’intégration au sein d’un quartier, la scolarisation régulière des enfants est remis en cause avec ses conséquences en chaîne.
A ce jour, l’accès au travail est tellement contraignant administrativement  pour l’employeur que malgré toutes nos tentatives, seulement 3 personnes  sont employés et travaillent de façon régulière.
Le projet de la Mairie et de la Préfecture a toujours été de les décourager à rester, en coupant le chauffage en pleine période hivernale,  en les rassemblant tous au même endroit créant ainsi un ghetto, une surpopulation, en envoyant massivement les forces de police pour distribuer des OQTF (obligation à quitter le territoire français), ou l’ANAEM pour des propositions dites de «  retour  humanitaire ».
L’ANAEM, l’Agence Nationale d’Accueil des Etrangers et des Migrations, accorde une somme d’argent pour les personnes qui retournent en Roumanie, paye leur voyage et les assure d’une aide substantielle pour leur installation sur place. Aucune des personnes de St Etienne repartie avec l’ANAEM  n’a bénéficiée d’aide à l’installation, elles sont toutes revenues après quelques mois d’attente sans proposition.
Rien n’est donc possible pour les roms ?!!.... 
Et pourtant tous les jours le réseau de solidarité démontre qu’il  est possible de construire une vie décente, un avenir pour ces familles. Sans aucun moyen, uniquement grâce au bénévolat la scolarisation des enfants, le lien avec les enseignants  est assuré, avec une activité périscolaire (petit déjeuner les matins, jeux et découverte les mercredis  et les  soirs après l’école),  un suivi médical, en collaboration avec la PASS,  un accompagnement social et un soutien à la recherche de logement et d’emploi.  Depuis des années nous tentons de discuter avec la Mairie, les différentes institutions concernées par la protection des familles, pour l’aménagement d’un hébergement décent et durable avec un accompagnement social. Ces hébergements peuvent être crées dans les locaux vacants de la ville.
 La gestion quotidienne peut s’appuyer sur le réseau,  puisque depuis toutes ces années, nous avons mis en route beaucoup de choses pour faire avancer les droits, prendre en compte les besoins. Un projet centré sur les savoirs faire, à partir de l’agriculture et du bricolage est en cours d’élaboration en partenariat avec le CCFD.   
Ce temps de fête c’était l’occasion de mieux comprendre cette réalité, de se dire que cette façon de traiter les personnes avec brutalité, nous entraine tous vers la barbarie. Certains sont prêts à nous rejoindre dans notre tentative d’autres choses à vivre. Ce temps de fête a été un temps de partage des talents. Chacun est venu nous faire gouter sa sensibilité, en donnant le meilleur avec simplicité et justesse. Il y a eu du rire, de l’émotion, de la joie… De quoi nous faire croire que c’est possible de faire tomber les barrières de nos peurs pour se rencontrer dans notre humanité.
Merci aux rroms pour leur accueil, merci aux invités d’avoir osé et d’avoir donné.

Ensemble, nous avons pu sentir qu’il est  possible et accessible de construire un monde de justice et de solidarité.  Il suffit seulement que chacun ose s’ouvrir un peu à ce que l’autre vit.  

Josiane Reymond